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Gilles Gagné: Le sorcier de la mécanique sur les traces de Burt Munro

Gilles Gagné

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Gilles Gagné possède un moteur dans sa vie: la performance. La vraie. Mesurable en « miles » par heure ou en centièmes de seconde. Celle qui commence par des pièces de moteur assemblées avec rigueur et une compréhension du fonctionnement de la mécanique, dans ses moindres détails. Il ne manque que des mentors, comme Burt Munro dans son cas, pour nourrir une passion dévorante qui, en ce qui le concerne, ne manque pas de sel, celui de la piste de records de Bonneville, sur le lac salé, en Utah.

Tout commence en 1956 à Broughton Station. Fils d’agriculteurs, Gilles aurait pu se contenter de cultiver la terre familiale, mais c’est une autre forme de destin qui l’appelle. À 14 ans, le déclic arrive avec la vision d’une moto à toute vitesse sur le lac salé. Burt Munro peut-être ?

À 16 ans, il chevauche une Kawasaki 500 deux-temps, une machine brutale, exigeante, qui ne pardonne rien. Et qui peut se montrer capricieuse. C’est son oncle qui lui explique le fonctionnement et lui transmet le virus de la mécanique, cette envie de comprendre ce qui se passe sous le réservoir.

Les débuts, de Thetford Mines à Coaticook

Gilles a fait son choix. Il s’inscrit en mécanique à Thetford Mines. En 1976, on le retrouve chez Auclair Motosport à Québec. Mais le diplôme ne suffit pas à cet insatiable futur préparateur. Pendant quatre ans, il cumule son emploi de jour avec des cours du soir en mécanique.

En 1981, Gilles Gagné travaille comme mécanicien chez le concessionnaire Honda Jacques Guay Sport à Rock-Forest. Il y prépare des motos de terre battue et fabrique sa première machine de compétition de toutes pièces. Malheureusement, un incendie ravage le commerce et détruit la moto unique.

Il rebondit en 1986 chez Coaticook Sport. Lorsque l’entreprise est mise en vente en 1988, il s’en porte acquéreur avec Yvan Lessard. Cette association donne officiellement naissance à l’entreprise Gagné Lessard Sports fin 1990.

En plus de la vente de véhicules basée sur ses connaissances mécaniques qu’il sait expliquer aux clients,Gilles se bâtit une réputation de préparateur d’élite. Motoneiges, VTT, motos. S’il y a un moteur, Gilles peut le rendre plus rapide. Il prépare les machines pour des pilotes de pointe. Souvenirs du Team GForce en 2010 qui gagne les 12 Heures d’endurance de quad de La Tuque sur un VTT Yamaha avec Ti Bill Leblanc, M. A. Auger et Luc Croteau.

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Le quad 819, vainqueur des 12 heures d’endurance de la Tuque en 2010.

2005, début du projet de vitesse

Mais retour sur l’année 2005. Gilles Gagné n’a pas oublié ses rêves de vitesse sur le lac salé. Alors il serte de Gilles et du Team G-Force comprend vingt ans de présence sur le sel, neuf participations et trois records de vitesse dans trois catégories différe rend sur les lieux, dans l’Utah. Il est étonné par le nombre de véhicules autorisés à concourir, de l’ambulance à la catégorie moto avec sacoches. Mais il n’y a pas de motoneiges. Pourquoi ? Un officiel lui répond que personne n’a jamais essayé. Il suffirait de créer la classe et de prouver des résultats qui ouvriraient la porte du Lac Salé.

Le projet est lancé. Gilles et son équipe construisent la motoneige de vitesse sur la base d’une Yamaha 1000 cc Les skis sont remplacés par des roues car le record est tenté sur l’asphalte. Le véhicule est rabaissé et caréné pour un meilleur coefficient de pénétration dans l’air. Mais les portes du lac Salé restent fermées pour l’instant.

Gilles Gagné de son côté ouvre les portes de la concession à ses enfants Nathalie et Stéphane.

Impliqué en compétitions motoneige, il parle avec les organisateurs de la série de courses SCM et de l’ISR (International Snowmobile Racing) qui peut valider des records.

En septembre 2008, sur la piste de l’aéroport de Val-d’Or, choisie pour sa longueur, Francis Morin atteint la vitesse de 340 km/h (environ 211 mph). Il bat ainsi le précédent record de l’ISR, qui était de 309 km/h.

De Val-d’Or au lac salé de Bonneville en Utah

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Francis Morin pousse la moto à 326 km/h et établit le nouveau record du monde.

À cette occasion, Gilles rencontre Dick Gauthier, un Américain du Wisconsin. Cette rencontre lui ouvre enfin les portes du mythique lac salé de Bonneville.

En août 2009, il est invité au Mike Cook Shootout, qui est un événement prestigieux à Bonneville. Il doit retravailler le prototype avec une chenille spéciale développée par Camoplast. Le verdict tombe, le record du monde FIM est atteint à 203 mph (326 km/h) pour Francis Morin. Cette performance ouvre l’entrée au club des 200 mph de Bonneville, un rêve éveillé !

« Papy Burt », la récompense au-delà de la douleur

L’aventure pourrait s’arrêter là, mais c’est sans compter sur le destin. Son petit-fils, regardant les photos du record, lui dit : « Pourquoi ce n’est pas toi qui pilotes ? » Cette réflexion a ouvert un questionnement. Vivait-il son rêve par procuration ? Burt Munro était sur la moto, pourquoi pas lui ?

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La moto Eagle de l’équipe G-Force avec le numéro 334 (Burt Monro : 34).

Alors il prépare une « moto aigle » propulsée par un moteur 600 cc de Yamaha R6, suralimenté et tournant à l’éthanol, puis il repart à Bonneville en 2012. Mais la vitesse est une maîtresse cruelle. À plus de 200 km/h, la machine décroche. Et c’est la chute, violente. Le bilan est lourd : six fractures, la clavicule et plusieurs côtes. Il est évacué par hélicoptère.

Il se remet sur pied et il change de tactique.  Mais pas de manière traditionnelle. 

N’importe qui aurait raccroché le cuir. Pas Gilles. Après la guérison, en 2013, il s’engage dans la classe 300 cc Il a eu une idée de génie. Sur sa moto Aigle R6 600 cc quatre cylindres, il a déconnecté deux cylindres pour obtenir 300 cc Résultat ? Le compteur de vitesse atteint 208 km/h sur le lac salé et brise un nouveau record.

La Yamaha est reconfigurée en catégorie 600 cc et son associé Patrick Lessard signe un record de vitesse dans cette cylindrée.

Occasion manquée et récompense à Bonneville

Le travail reprend à Coaticook. En 2020, l’entreprise déménage et s’agrandit sur la rue Roger Smith. La deuxième génération, Nathalie et Stéphane, reprend la direction de l’entreprise familiale, tandis que Gilles agit en qualité de mentor.

Cela lui laisse plus de temps pour travailler encore sur la motoneige, avec la fabrication d’un nouveau carénage, des modifications à la chenille. En 2025, l’équipe repart en Utah pour s’attaquer au record de vitesse. Mais rien ne se passe comme prévu. Les conditions météo ne sont pas de leur côté. La pluie a détrempé la piste qui est en sel. Les conditions ne sont pas réunies pour la vitesse. Aucun record ne sera battu. Mais Gilles ne repart pas les mains vides. Il reçoit le prestigieux « Technical Award » pour son véhicule à entraînement par chenille, qui est le terme officiel de la catégorie.

La recherche de vitesse est-elle terminée ? L’avenir le dira.

La carte de Gilles et du Team G-Force comprend vingt ans de présence sur le sel, neuf participations et trois records de vitesse dans trois catégories différentes.

Gilles Gagné a su conjuguer les affaires, en incluant sa famille, sa passion de la vitesse et de la préparation des moteurs. Il n’a pas cherché à se mettre au-devant de la scène mais ses résultats parlent pour lui. Les diplômes des records trônent fièrement sur son bureau, à côté de la feuille de temps officielle de Burt Monro. La boucle est bouclée.

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