Il existe une vérité universelle chez les motocyclistes : un voyage dans les Alpes ne dure jamais seulement deux semaines. Officiellement, notre aventure est prévue pour septembre. Deux petites semaines à parcourir certaines des plus belles routes d’Europe. Mais, dans les faits, ce voyage a commencé il y a plusieurs mois déjà.
Une Simple Idée en L’Air S’Impose Rapidement Comme Projet Concret
Depuis le printemps, notre cerveau est quelque part entre le Québec, la France, l’Italie, la Suisse et l’Autriche. Notre corps est encore au travail. Notre portefeuille, lui, est déjà rendu dans les Alpes.
Tout a commencé par une idée lancée autour d’une table : « Ça serait le fun de faire les Alpes un jour. » Quelques minutes plus tard, le « un jour » était devenu « septembre ». À partir de ce moment-là, il n’y avait plus de retour possible. Lapremière mission a été de réserver les motos. Parce qu’une chose est certaine : si on attend à la dernière minute, les meilleures motos disparaissent plus vite qu’une pointe de tarte lors d’un souper de famille. Nous avons donc passé plusieurs soirées à comparer les modèles disponibles et leurs spécifications techniques : aventure, GT, trail, hauteur de la selle, valises latérales, avec ou sans top case.
À un certain point, nous ne savions plus vraiment ce que nous comparions, mais nous étions tous convaincus que c’était extrêmement important. Nous étions quand même tous d’accord sur un point, nous voulons une moto maniable, légère et facile à piloter.

Le choix d’une moto pour les Alpes ressemble un peu à la sélection d’un partenaire de danse. On espère simplement que tout se passera bien dans les milliers de virages qui nous attendent (je vous rassure, je suis meilleur en moto qu’en pas de danse). Je choisis la Triumph Tiger Sport 660, avec valises latérales et top case. C’est une moto légère, maniable et avec son moteur 3 cylindres, elle aura une belle reprise dans les cols alpins.

Préparer Le Voyage en Avion Avec Toute la Science de la Bagagerie.
Une fois les motos réservées, il a fallu acheter les billets d’avion. C’est là que la réalité frappe. Avant, le voyage était une idée. Maintenant, une compagnie aérienne possède déjà une partie de notre argent. Le projet devient soudainement très concret. Les comparateurs de vols sont alors devenus nos sites Internet préférés.
Nous avons regardé les prix monter. Puis descendre. Remonter. Puis monter encore.
Nous avons vécu toutes les émotions possibles sans quitter notre salon. Finalement, nous avons acheté. Quelques clics plus tard, les billets étaient confirmés. Le compte à rebours pouvait officiellement commencer.
Pour certains d’entre nous, cette aventure a également déclenché un autre projet : l’achat de valises. Pas des valises de moto. Des valises d’avion. Ce qui semble être un achat simple jusqu’au moment où l’on découvre qu’il existe environ 14 000 modèles différents : rigides, semi-rigides, ultra légères, extensibles, antichocs, anti-vol et probablement anti-ours également.

Après plusieurs recherches intensives, nous sommes presque devenus experts en bagages internationaux, dimension à respecter, poids, etc. Une compétence dont nous ignorions totalement avoir besoin dans notre vie.
S’Assurer D’Avoir Ses Papiers en Règle
Parmi les préparatifs incontournables figure également le fameux permis de conduire international. Une démarche fascinante. Nous possédons déjà un permis parfaitement valide.
Mais, pour être certains que tout le monde comprenne que nous possédons un permis valide, nous devons obtenir un autre document qui confirme que notre permis est valide. La demande au Québec passe par CAA.
La bureaucratie possède parfois un sens de l’humour bien à elle.
Malgré tout, la demande sera faite avec enthousiasme. Parce qu’un petit livret officiel dans une poche donne immédiatement l’impression d’être un aventurier chevronné. Petit fait cocasse : lorsque j’ai reçu l’enveloppe CAA contenant le permis international, j’ai cru que c’était une publicité de CAA. J’ai même dit à ma blonde qu’elle pouvait mettre les pubs à la poubelle, m’abonner à CAA ne m’intéresse pas. Heureusement qu’elle ne m’a pas écouté, l’enveloppe contenait mon permis international.

Le passeport fait également partie de la liste des vérifications importantes. C’est toujours un moment rempli de suspense. On ouvre le tiroir. On sort le passeport. On regarde la date d’expiration. On vérifie une deuxième fois. Puis une troisième. Parce que découvrir en août qu’un passeport expire en septembre est une expérience que personne ne souhaite vivre. Jusqu’à maintenant, tout semble sous contrôle. Du moins, c’est ce que nous nous répétons.
Planifier Les Déplacements Entre L’aéroport ET Les Motos
Pendant ce temps, une autre question importante s’est imposée : comment se rendre du terminal de l’aéroport de Lyon jusqu’au garage de location ? À première vue, cela paraît simple. Mais lorsqu’un groupe de motocyclistes commence à analyser la logistique d’un déplacement de quelques kilomètres, avec toute la bagagerie d’avion, cela peut rapidement ressembler à la préparation d’une mission spatiale. Allions-nous utiliser un taxi ? Une navette ? Le train ou l’autobus ? Une location d’un hélicoptère ?
Pour l’instant, l’hélicoptère semble légèrement dépasser le budget.
Nous poursuivons donc nos recherches. Le choix qui convient à tous, pour quelques euros supplémentaires, une navette viendra nous chercher directement à l’aéroport pour nous amener jusqu’à notre garage de location de moto. Ce dernier conservera nos valises de voyage vides jusqu’au retour des motos à la fin du séjour.
« Choisir Ses Routes à Rouler… Tellement Nombreuses ! »
Entre deux préparatifs, nous passons évidemment beaucoup de temps à étudier les routes. C’est probablement la partie la plus agréable de toute l’organisation. Chaque soir, nous découvrons un nouveau col. Une nouvelle route. Un nouveau village accroché à une montagne.

Chaque vidéo regardée nous convainc davantage que septembre est encore beaucoup trop loin. Le problème, c’est que plus nous regardons les cartes, plus notre itinéraire devient ambitieux. Au départ, nous voulions voir quelques cols célèbres. Maintenant, nous essayons mentalement d’intégrer l’équivalent de trois mois de moto dans deux semaines. Les mathématiques ne semblent pas collaborer. Mais, l’optimisme demeure bien vivant.
À mesure que les semaines passent, le voyage prend de plus en plus de place dans nos conversations. Nous parlons des routes. Des hôtels. Des restaurants. Des paysages. Des équipements. Des pneus. De la météo.

Parfois même de choses qui n’ont aucun lien avec la moto, mais qui finissent quand même par y revenir. Le phénomène est devenu impossible à arrêter.
Nous ferons la Route des Grandes Alpes mais probablement pas dans son entièreté. Les cols mythiques comme celui du Galibier, de L’Iseran (le plus haut col de France), le Stelvio en Italie avec ses 48 lacets sont dans ma « bucket list ».

« Le Voyage a Déjà Commencé, Par Anticipation »
Pendant que les autres attendent l’arrivée de l’automne, nous attendons surtout l’arrivée de septembre. Nous imaginons déjà le moment où l’avion touchera le sol français. Le moment où nous récupérerons nos bagages. Le moment où nous verrons enfin les motos alignées devant le garage. Le moment où les mois de préparation laisseront place aux premiers kilomètres.

Nous imaginons déjà les montagnes qui apparaîtront à l’horizon. Les routes qui serpentent jusqu’aux sommets. Les arrêts café improvisés. Les séances photo interminables. Les discussions du soir sur la terrasse d’un hôtel après une journée passée à accumuler les virages.
Nous savons aussi qu’il y aura probablement quelques imprévus. Une erreur de navigation. Un détour imprévu. Une météo capricieuse. Parce qu’aucune aventure digne de ce nom ne se déroule exactement comme prévu. C’est probablement ce qui la rend intéressante.
Pour l’instant, nous sommes encore dans la phase de préparation : les motos sont réservées, les billets d’avion sont achetés, les listes se multiplient, les itinéraires évoluent chaque semaine. Les rêves, eux, sont déjà bien avancés. Septembre approche tranquillement.
Et même si les roues n’ont pas encore touché l’asphalte européenne, une chose est certaine : le voyage a déjà commencé. Il a simplement commencé par anticipation plusieurs mois avant le premier coup de démarreur.


