Il fut une époque où prononcer les mots « transmission automatique » devant un groupe de motocyclistes suffisait pour déclencher une discussion animée. Pour certains, une vraie moto devait avoir un levier d’embrayage, un sélecteur de vitesse et un pilote capable de shifter comme un musicien avec son instrument. Puis Honda est arrivée avec sa DCT. Et aujourd’hui, après quelques années d’évolution, il faut bien l’admettre : l’Africa Twin DCT a de solides arguments pour faire taire les puristes.
Pour 2026, l’Africa Twin conserve son bicylindre parallèle de 1 084 cm³, son châssis conçu pour l’aventure et ses roues de 19 pouces à l’avant et 18 pouces à l’arrière. La grande particularité de cette version demeure évidemment la transmission DCT à six rapports. Elle peut travailler entièrement en automatique ou être contrôlée manuellement grâce aux commandes au guidon.

Une grosse aventurière qui sait se faire oublier
À première vue, l’Africa Twin impressionne. Avec ses 535 lb, ce n’est pas exactement une bicyclette électrique. Pourtant, dès qu’on commence à rouler, elle donne rapidement l’impression d’être beaucoup plus légère qu’elle ne l’est réellement. Honda a réussi à centraliser les masses et à conserver une partie cycle relativement agile.
Sur la route, la position de conduite est naturelle et confortable. Le guidon tombe bien sous les mains et la moto donne immédiatement confiance. Après quelques kilomètres, on se surprend à oublier ses dimensions. C’est exactement ce que j’aime d’une bonne moto d’aventure : elle doit avoir l’air capable de traverser le Sahara, mais être suffisamment docile pour aller chercher un café à Rimouski sans me donner l’impression de piloter un autobus scolaire.
Le bicylindre de 1 084 cm³ offre une puissance très exploitable. Le moteur répond avec vigueur sans devenir intimidant. La sonorité du vilebrequin à 270 degrés ajoute d’ailleurs une personnalité intéressante à l’ensemble. Ce n’est pas seulement une machine efficace : elle a du caractère.

Et cette fameuse DCT ?
C’est ici que les choses deviennent intéressantes.
La DCT demande une petite période d’adaptation. Le cerveau cherche naturellement l’embrayage et le pied gauche cherche le sélecteur… qui n’existe plus. Pendant les premiers kilomètres, on a presque l’impression d’avoir oublié quelque chose dans le garage.
Puis vient le moment où l’on comprend.
La transmission change les rapports avec une douceur impressionnante et permet de se concentrer davantage sur la route, les courbes et le paysage. En circulation urbaine, dans les bouchons ou lors des longues journées de randonnée, c’est un véritable cadeau. Et lorsque l’envie de jouer revient, les palettes au guidon permettent de reprendre le contrôle des changements de rapports.
Honda indique d’ailleurs avoir peaufiné la logique de fonctionnement de la DCT afin d’offrir un comportement plus naturel et un meilleur contrôle à basse vitesse.
Personnellement, c’est probablement l’aspect de cette Africa Twin qui m’a le plus surpris. Après avoir roulé plusieurs heures, je me suis demandé pourquoi je m’étais autant obstiné à vouloir absolument un embrayage.
Bon… je ne suis pas encore prêt à vendre toutes mes motos manuelles. Faut quand même pas exagérer!
Une vraie aventurière
L’Africa Twin n’est pas une simple routière déguisée en moto d’aventure. Sa roue avant de 19 pouces, ses suspensions Showa à grand débattement et ses différents modes de conduite lui permettent réellement de sortir de l’asphalte. La suspension avant offre 9,1 pouces de débattement et l’arrière 8,7 pouces.



Sur les routes secondaires défoncées, les chemins de gravier et les portions moins accueillantes, la moto demeure stable et prévisible. Les différents modes de conduite permettent également d’adapter la réponse du moteur, le contrôle de traction et les aides électroniques aux conditions.
Avec ses six modes de conduite, son IMU à six axes, son contrôle de traction réglable et son ABS configurable, l’électronique est loin d’être décorative.



Ce que j’ai aimé
- La transmission DCT : après adaptation, difficile de nier son efficacité et son confort.
- Le moteur 1 084 cm³ : souple, coupleux et agréable à exploiter, autant sur route qu’en conduite plus sportive.
- La maniabilité : malgré son poids, l’Africa Twin paraît étonnamment agile.
- Les capacités hors route : avec ses roues 19/18 pouces et ses suspensions à grand débattement, elle possède une véritable vocation aventure.
- L’électronique : complète sans être inutilement compliquée une fois qu’on a compris les réglages.
- Le confort sur longue distance : une qualité particulièrement appréciable lorsqu’une petite balade de 250 km finit mystérieusement par devenir une journée de 500 km.

Ce que j’ai moins aimé
- Le poids : 535 lb, ça finit toujours par revenir nous parler lorsqu’il faut reculer la moto dans une entrée en pente.
- La hauteur de selle : 34,3 pouces en position standard. Les pilotes de plus petite taille devront prendre le temps de bien évaluer cet aspect. Une position basse à 33,5 pouces est toutefois disponible.
- La période d’adaptation à la DCT : les premiers kilomètres peuvent être déstabilisants pour quelqu’un habitué à une boîte manuelle.
- La complexité électronique : toutes ces possibilités sont intéressantes, mais il faut prévoir un peu de temps pour apprivoiser les menus et les réglages.
En conclusion
La Honda Africa Twin DCT 2026 demeure une machine particulièrement polyvalente. Elle peut avaler de longues distances sur les routes, s’amuser dans les petites routes sinueuses et s’aventurer sur des chemins où plusieurs motos de tourisme préféreraient appeler un taxi.
Mais surtout, la DCT change réellement l’expérience de conduite. Elle ne transforme pas l’Africa Twin en scooter géant; elle permet simplement au pilote de choisir comment il veut gérer la moto.
Après avoir passé du temps à son guidon, je comprends beaucoup mieux pourquoi la DCT continue de gagner des adeptes. Est-ce que je serais prêt à abandonner complètement une transmission manuelle ? Pas encore.
Mais si Honda me disait : « Michel, tu pars demain pour traverser les Alpes, voici les clés », je ne passerais probablement pas la soirée à me plaindre de l’absence de levier d’embrayage.
Je commencerais plutôt à préparer mes bagages.
Et connaissant mes habitudes, j’aurais probablement encore trop de stock pour réussir à fermer les valises!
Merci à Honda Canada d’avoir rendu possible cet essai de l’Africa Twin DCT 2026.


