Sans parler des irréductibles rebelles qui roulent en tee-shirt/gougoune, la protection habituelle du motocycliste est le cuir. Un matériau noble issu de la vache ou du kangourou qui a décollé avec l’influenceur Marlon Brando et son cuir perfecto dans le film « The wild one » en 1953. Mais les fibres synthétiques sont en train de percer et de concurrencer le bon vieux cuir.
Le « néo-motocycliste » exige de la polyvalence. Il veut pouvoir traverser une averse sans peser dix kilos de plus et rouler sous 30°C sans risquer un coup de chaleur. La communauté « aventure » possède maintenant son uniforme, souvent gris, tout en fibre synthétique étanche et respirante. La mode est à un vêtement protecteur, mais sans le code du motard custom avec ses « patchs ». C’est ici que la chimie et la technologie textile entrent en scène. Aujourd’hui, les étiquettes des vêtements regorgent de noms synthétiques et savants comme Gore-Tex, Kevlar, Dyneema, Armalith, D3O, Sympatex ou Primaloft. Des normes existent pour mesurer l’absorption des chocs et la résistance à l’abrasion, avec l’apparition de lettres A à AAA, selon la solidité et la résistance aux chocs de l’équipement. Comment se retrouver dans toutes ces propositions qui ont chacune leur utilité et leurs avantages ? C’est l’objectif de cet article !
Résister à l’abrasion
En cas de glissade, le vêtement doit résister à la rupture mécanique des fibres, et à la chaleur issue de la friction qui brûle la peau. Voici les meilleurs matériaux en termes de « science friction » !
Le Kevlar (Aramide) a été le premier utilisé sur le marché. C’est un matériau extrêmement solide qui fournit une résistance balistique utilisée au départ pour les gilets pare-balles. Les fibres Kevlar sont tissées tellement serrées qu’elles ne peuvent pas être séparées. Utilisées dans un pantalon ou un blouson, les fibres résistent à la chaleur dégagée par la friction.
L’Armalith est plus récent. Il ressemble à du coton et il permet de confectionner des jeans confortables avec une seule couche de tissu. La fibre de coton est assemblée avec une fibre renforcée de « UHMWPE ». En cas de chute, elle protège de l’abrasion et peut résister à une glissade de plus de 30 mètres, ce qui lui donne le niveau AAA.
Le Dyneema se définit comme la fibre la plus résistante au monde, il est 15 fois plus solide que l’acier à poids égal. Lui aussi issu du UHMWPE, il offre une résistance exceptionnelle à la coupure et à l’abrasion. Le point de fusion est inférieur au Kevlar, mais il dissipe mieux la chaleur, et il obtient sa note AAA.

Imperméabiliser et respirer
Comme les bouchons en liège ou les plumes de canard, les nouveaux matériaux sont imperméables à l’extérieur et respirants à l’intérieur. Ils vont bloquer l’humidité et la pluie, tout en laissant évacuer la sueur.
Le Gore-Tex est la référence absolue, ll utilise une membrane en ePTFE déclinée en trois variantes :
- Le Gore-Tex Pro est laminé directement au tissu extérieur (comme le Cordura). Léger et hydrophobe, il empêche le vêtement de se gorger d’eau et sèche instantanément, justifiant son tarif par une efficacité redoutable sous les pluies diluviennes.
- Le Gore-Tex Z-Liner, est plus courant et le plus souple. Il est inséré librement dans la doublure. Le tissu extérieur peut s’imbiber lors d’averses prolongées, rendant le séchage plus lent.
- Enfin, le Gore-Tex Grip améliore les gants : les couches sont soudées entre elles. Cette fusion élimine les frottements entre les couches et augmente l’étanchéité . La doublure ne se désolidarise pas du gant quand on le retire.
Le Sympatex se distingue des membranes traditionnelles par son fonctionnement physique et chimique. Comme un filtre, il attire et évacue la transpiration. Contrairement aux pores fixes du Gore-Tex, sa structure s’élargit lorsque la chaleur ou l’humidité augmente. Contrairement au Gore-Tex, il est entièrement recyclable.
Pour l’isolation, le Primaloft a détrôné le duvet naturel et le coton. Cette microfibre ultrafine imite la structure des plumes tout en offrant une légèreté et une compressibilité records. Incroyable, il conserve ses propriétés thermiques même humide. L’expérience est frappante dans un gant : la sensation de chaleur et de douceur est immédiate, même humide.
Enfin, la technologie 37.5 révolutionne la thermorégulation grâce à des particules de roche volcanique intégrées au cœur des fibres. Ce dispositif utilise l’énergie infrarouge du corps. S’il fait chaud, il accélère l’évaporation de la vapeur d’eau avant même qu’elle ne condense, s’il fait froid, il emprisonne cette énergie pour réchauffer le corps.
Absorber les chocs

Le D3O, reconnaissable à sa couleur orange, est un matériau intelligent composé de molécules non newtoniennes. Souple au repos pour le confort, il se verrouille instantanément lors d’un impact pour absorber et dissiper l’énergie, avant de redevenir flexible.
Utilisé pour les dorsales et les articulations, il remplace avantageusement les anciennes coques rigides. La technologie Impact Print sculpte des formes géométriques ventilées, pour réduire le poids tout en augmentant la flexibilité. Sa certification passe de niveau 3 à niveau 2 dans cette configuration.
Avoir confiance dans ses vêtements
Un vêtement peut ressembler à un modèle de moto, avec des renforts aux coudes, aux épaules, et une coupe ajustée. Et pourtant, c’est peut-être juste une copie qui se déchirera dès qu’elle touchera le sol, car le fil de couture n’est pas solide, avec une doublure qui occasionnera des brûlures pendant une glissade, et dont les protections dures augmenteront les dommages corporels. La protection contre cette mésaventure est de choisir un vêtement aux normes de l’Europe, qui est reconnaissable par son étiquette de norme EN 17092 et une lettre qui va de A à AAA.
Cette norme va évaluer la résistance à l’abrasion et l’absorption des chocs.

Le modèle de classe A est idéal pour les trajets urbains et les balades tranquilles, l’ EPI (Équipement de Protection Individuelle) est léger, respirant et souple. Les coques de protection sont allégées pour plus d’aisance et de confort. La vitesse de test d’abrasion est de 45 km/h.
Avec la classe AA on touche le standard du voyageur et du rouleur quotidien au Québec. Si vous roulez aux vitesses d’autoroute, le niveau AA fera l’affaire. Il est plus confortable et pas trop lourd. C’est une belle sécurité qui pense au confort avec des tests de glisse à 70 km/h.
La classe AAA est le plus haut niveau de protection, pour les circuits. Les tests d’abrasion sont effectués à une vitesse de 120 km/h. On a vu des chutes à 300 km/h en MotoGP sans grands dommages. Les zones d’impact sont protégées. Naturellement, l’armure est un peu plus pesante.
Le cuir est toujours vivant
Le cuir est toujours une bonne option pour la protection. C’est un produit naturel qui résiste à l’abrasion en cas de chute. D’ailleurs, il est utilisé pour les combinaisons utilisées en course sur route, jusqu’au MotoGP ou championnat du monde Superbike. Il peut absorber les chocs s’il est équipé des bonnes coques et dorsales de protection. Le cuir est respirant et il peut être recouvert de produit imperméabilisant, comme le cirage, après une couche de crème nourrissante pour éviter le dessèchement. Cependant, il est lourd et son imperméabilité est limitée malgré tout. En cas d’averse violente, l’eau enlèvera la couche de cirage et l’eau se faufilera à l’intérieur. Par forte chaleur, vous ne pourrez rien faire contre la sueur et elle restera emprisonnée dans la doublure synthétique. Sauf si vous optez pour un mélange de cuir et de Gore-Tex ou de Primaloft. Mais quel bel aspect que le cuir ! Son toucher est agréable. Il véhicule une image forte. Si vous voulez faire partie de la communauté, le cuir est votre image. Choisissez-le avec la norme EN 17092 et une étiquette AA ou AAA.
Conclusion
Le cuir demeure une référence historique pour sa résistance, mais les textiles additionnés de matériaux comme le Kevlar ou le Dyneema offrent désormais une protection de haut niveau avec un confort inégalé. Qu’il s’agisse de privilégier la tradition, la légèreté ou la thermorégulation active, la sécurité n’est plus un compromis. Grâce à ces informations sur les certifications et les matériaux, vous détenez maintenant toutes les clés pour choisir l’équipement parfaitement adapté à votre conduite.


