J’ai un souvenir en tête. Une route en descente à perte de vue, avec un ruban d’asphalte complètement lisse et brillant qui serpentait entre quelques larges courbes invitantes. Pour parfaire le tableau, cette route était entourée d’arbres majestueux dont les feuilles avaient revêtu leurs couleurs d’automne chatoyantes ! Quel plaisir !
Rouler en automne redessine le paysage familier. Mais sous ce décor coloré se cachent des pièges qu’il faut déjouer pour bien finir la journée. Les températures changent rapidement au gré du soleil et les feuilles tombantes perturbent l’adhérence de la moto. L’improvisation n’a pas sa place et il faut vérifier la mécanique, prévoir l’habillement, l’équipement et les bagages, s’informer de la météo et affûter sa concentration pour éviter les pièges de la route.
Voilà quelques conseils éclairés pour apprécier pleinement vos sorties automnales.
Contrôles statiques
La préparation commence avec la moto sur la béquille, dans le garage, moteur froid.
Avec les changements de température nocturne, la batterie doit être vérifiée avec un chargeur ou un voltmètre, et rechargée si besoin. La moto bien droite sur sa béquille centrale ou d’atelier, on contrôle le niveau d’huile et sa couleur, pas trop noire. Au passage, le liquide de refroidissement mérite un coup d’œil, toujours entre le mini et le maxi, comme l’huile.
L’éclairage doit être fonctionnel. Les professionnels allument toutes les lumières et font le tour de la moto. Pour tester le feu stop, placez l’arrière de la moto proche d’un mur et vérifiez que le halo lumineux s’intensifie quand vous actionnez le levier de frein.

La pression des pneus doit être vérifiée, car ils se dégonflent avec le froid automnal. La mesure doit être prise quand le pneu est froid. Un pneu sous-gonflé se dégrade et altère la tenue de route. La sculpture des pneus ne doit pas être usée jusqu’aux témoins d’usure pour bien évacuer l’eau.
Pièges de la route
La conduite en automne demande beaucoup de doigté.
La rosée matinale et la pluie éventuelle rendent la route glissante. Les feuilles mortes au sol augmentent le manque d’adhérence. Sur certaines routes, la partie ensoleillée laisse la place à des portions ombragées où l’asphalte reste humide et glissant. Les risques de perte d’adhérence sont nombreux. Les lignes peintes sur le sol, les plaques de métal sur les ponts sont également des points à surveiller. La marche à suivre est d’anticiper les parties glissantes, d’abaisser la vitesse, de ne pas freiner brutalement et d’éviter de pencher trop la moto.
Équipement du pilote
Le matin, la température est basse et l’air est humide. Puis le soleil vient réchauffer l’atmosphère en milieu de journée, puis le froid revient dès le coucher du soleil.
Un habillement multicouche est conseillé pour passer au travers de la journée. Pour la première couche, on oublie le tee-shirt en coton qui conserve la sueur. Il est remplacé par un sous-vêtement thermique en matière synthétique ou en laine mérinos qui évacue la transpiration.
La couche intermédiaire est en polar ou dans une matière thermique qui conserve la chaleur. Elle peut être retirée en milieu de journée, quand le soleil réchauffe la route.
La troisième couche est constituée du blouson de moto qui résiste aux chocs et à l’abrasion. Le meilleur choix est un manteau avec une finition Gore-Tex imperméable et respirante.
Pour les grands rouleurs, les poignées, les gants et les vestes chauffantes ne sont pas un luxe. Rouler en claquant des dents n’est pas une belle expérience. Des poignées chauffantes peuvent s’adapter, mais elles réchauffent principalement la paume de la main. Les gants chauffants entourent complètement la main. Ils seront donc plus efficaces.
Vision et visibilité
Le soleil baisse rapidement pendant la saison automnale. Vous devez bien voir en toutes circonstances. La lentille Pinlock est d’une grande utilité pour éviter la buée qui peut se former à tout moment. Elle se clippe sur la visière et s’enlève facilement. Il existe des visières de type iridium, foncées, qui peuvent être utilisées pendant la journée. Mais il est interdit de les garder la nuit. Comme la pénombre arrive très vite en automne, emportez une visière claire dans vos affaires et arrêtez-vous pour la remplacer. Sinon, adoptez les visières photochromiques ou les nouvelles versions photovoltaïques qui changent de teinte selon la luminosité.
Certains casques possèdent une visière claire et une autre plus foncée, rabattable, qui peut s’utiliser au choix selon l’intensité du soleil. C’est une bonne alternative, car le soleil peut être aveuglant, surtout pendant les couchers de soleil d’automne précoces.

Soyez visibles en portant des éléments fluorescents ou réfléchissants, comme un gilet ou un blouson « haute visibilité ».
Itinéraire et météo
Prévoyez une randonnée plus courte, car les journées raccourcissent en automne et la météo est changeante. Le même trajet de juillet va se terminer dans la nuit et le froid en septembre.
Si possible, planifiez un itinéraire de secours pour rentrer plus vite si les conditions se dégradent.
Pour connaître au mieux les conditions météorologiques au Canada, plusieurs choix s’offrent à vous :
- MétéoCAN est l’application gratuite d’Environnement et Changement climatique Canada. Elle a le mérite de ne publier aucune publicité.
- MétéoMédia est très populaire au Québec. Elle propose des radars en direct, des prévisions détaillées par heure et des avertissements officiels locaux pour chaque municipalité.
- Windy permet de comparer plusieurs modèles de prévision pour le vent, la pluie et la température.
- MyRadar est une application très précise, qui prévient de l’arrivée imminente d’une averse ou d’un orage.
Testez toujours deux applications pour affiner vos prévisions.
Trousse à outils et accessoires
Votre moto possède une petite trousse à outils, souvent cachée sous la selle. Améliorez l’ordinaire avec un mini compresseur portable ou des cartouches de CO2, et des mèches pour réparer un pneu tubeless sans démonter le pneu. Une bombe anti-crevaison regonfle le pneu et injecte une mousse qui se plaque à l’intérieur et colmate les trous. Une batterie externe est essentielle pour recharger la batterie du téléphone. Le « Duct tape » et les attaches rapides « tie wrap » peuvent toujours fixer temporairement un problème mécanique inattendu.
Ne transportez pas d’outils dans un sac à dos. En cas de chute, vous pourriez être blessé à la colonne vertébrale. Préférez une sacoche ou un sac accroché sur la selle (si vous n’avez pas de passager, bien évidemment).
Hydratation et calories
Avec le froid, qui peut être sournois en automne, il est recommandé de bien s’hydrater et de s’alimenter pour conserver son efficacité. Pour la boisson, ne succombez pas à l’appel des breuvages énergisants à la taurine. Préférez de l’eau, et pourquoi pas une boisson avec des électrolytes, sans sucre.
Des barres énergétiques avec des fruits secs ou des noix apporteront rapidement une solution aux petites faims et aux baisses d’énergie.
Profitez des couleurs
L’automne est une saison intéressante qui redéfinit les trajets avec les feuilles multicolores.
Elle comporte des risques qu’il faut anticiper, comme le manque d’adhérence, les journées écourtées et la température fluctuante.

Avec une moto vérifiée, les bons équipements et les accessoires sélectionnés, rien ne vous empêchera de profiter des couleurs et des bienfaits de l’automne à moto.


