La première question à se poser est: pourquoi tant de motocyclistes modifient leur moto sans réellement améliorer leur pilotage ?
Lors de formations, je constate trop souvent que plusieurs motocyclistes modifient leur moto — selle, guidon, repose-pieds — en ne pensant qu’au confort. Pourtant, même si le confort est parfois amélioré, le contrôle et le comportement de la moto se retrouvent souvent hypothéqués.
C’est pourquoi je le répète constamment : il est primordial de comprendre sa moto avant même de commencer à changer des pièces.
Lorsqu’on achète une moto, notre premier contact avec elle se limite souvent à s’asseoir dessus dans la salle de montre. Notre évaluation se fait donc de façon complètement statique. Rapidement, on pense déjà à installer des rehausses de guidon ou à abaisser la suspension. Pourtant, à ce stade, ces modifications ne répondent qu’à un besoin de confort perçu.
Sans même avoir fait tourner les roues, on modifie déjà le comportement d’une moto conçue par des ingénieurs pour fonctionner de façon optimale dans sa configuration d’origine.
Selon moi, l’ergonomie doit d’abord être pensée en fonction du contrôle.
Lorsqu’une moto est bien ajustée, le contrôle augmente. Avec plus de contrôle vient une plus grande facilité à piloter. Et lorsque qu’une moto devient facile à piloter, les douleurs aux épaules, au dos ou aux avant-bras diminuent naturellement. Le confort arrive alors comme une conséquence… et non comme l’objectif principal.
L’ergonomie: ce n’est pas une liste d’accessoires, c’est un système
Mon objectif ici n’est pas de dire que les modifications apportées à votre moto sont mauvaises. Absolument pas. Vous pilotez votre moto selon votre réalité, vos besoins et parfois même certaines contraintes physiques. Vous êtes donc probablement la meilleure personne pour savoir ce qui vous convient.
Mon objectif est plutôt de vous faire réfléchir.
Particulièrement à moto aventure, où les positions de pilotage diffèrent énormément d’une moto strictement routière, l’ergonomie devient beaucoup plus complexe à régler. Et surtout, beaucoup plus important.

Comprendre le positionnement du corps
Sur une moto de route, tout est conçu pour offrir un comportement optimal dans une seule position de pilotage.
À moto aventure, c’est aussi vrai… jusqu’au moment où l’on quitte l’asphalte.
Dès que la route devient du gravier ou du terrain plus technique, le pilotage devient beaucoup plus actif. Les positions « assis route », « assis gravier » et « debout » viennent alors compliquer l’ensemble du système ergonomique de la moto.
Mais malgré ces trois positions différentes, un élément demeure essentiel : le pilote doit toujours être en contrôle total de sa monture.
Arrêtez d’acheter, commencez à ajuster
Pour maîtriser une moto, il faut avoir facilement accès aux commandes : leviers de frein et d’embrayage, pédale de frein arrière et sélecteur de vitesses.
Tout doit être positionné pour demeurer accessible, peu importe la position de pilotage.
C’est ici qu’une bonne compréhension du positionnement du corps devient essentielle. Une fois les positions « assis route », « assis gravier » et « debout » bien comprises, il devient beaucoup plus facile d’ajuster intelligemment les contrôles de la moto.
Guidon
Parfois, une simple rotation d’un ou deux degrés vers l’avant suffit à améliorer énormément le contrôle de la direction.
Rehausses de guidon
Lors de formations, je constate régulièrement que certaines rehausses compliquent énormément le pilotage debout. Si vos rehausses vous obligent à vous tenir droit comme un piquet lorsque vous êtes debout, il serait peut-être temps de revoir votre position.
Les rehausses qui reculent le guidon modifient également le comportement de la direction. Dans certains cas, un guidon plus étroit ou une meilleure position de pilotage seraient des solutions plus efficaces.


Si lors du magasinage de votre nouvelle moto, vous vous sentez loin du guidon, plutôt que d’envisager des modifications, il serait peut-être plus sage de regarder pour un autre modèle de moto…
Frein avant et embrayage
Les leviers devraient idéalement permettre une position naturelle et linéaire des poignets et des avant-bras.
Rétroviseurs
Lors de longues sorties mixtes, il peut être intéressant d’en ajuster un pour la position assise et l’autre pour la position debout.

Pédale de frein arrière
C’est probablement l’une des rares pièces qui mérite parfois d’être remplacée par un modèle ajustable ou muni d’une petite rehausse amovible afin de faciliter l’utilisation assis comme debout.

Sélecteur de vitesses
Trouver la bonne position demande souvent plusieurs sorties et beaucoup de patience.
Repose-pieds
Les gros repose-pieds offrent parfois plus de stabilité, mais ils deviennent aussi plus vulnérables lors des chutes. Certains modèles accrochent même les pantalons lorsqu’on pose le pied au sol.
Dans plusieurs cas, des repose-pieds de dimensions normales combinés à de bonnes bottes aventure ou motocross à semelles rigides offrent un excellent équilibre entre contrôle et sécurité.
Il faut également garder en tête qu’en augmentant la dimension des repose-pieds, les réglages du sélecteur et de la pédale de frein devront souvent être revus.
Bagagerie
Le sac de réservoir est extrêmement pratique… jusqu’au moment où l’on pilote debout en terrain technique. Il finit souvent par limiter les mouvements.

Pare-brise
Un grand pare-brise augmente énormément le confort sur autoroute. En hors-route, il peut toutefois devenir une source potentielle de blessures. Une mauvaise manœuvre ou un franchissement mal anticipé peuvent rapidement transformer le pare-brise en obstacle.
Selle confort
Les selles de rallye sont souvent plus hautes grâce à un meilleur rembourrage, mais elles demeurent généralement étroites et permettent une bonne mobilité du pilote.
Avant de changer votre selle, demandez-vous :
- Gêne-t-elle vos mouvements debout ?
- Est-ce qu’elle vous limite à une seule position lorsque vous êtes assis ?
Petite astuce
Tous les réglages mentionnés ici demeurent des références générales. Chaque pilote possède sa propre réalité physique.
Mais lorsque vous ajustez votre moto, posez-vous toujours cette question :
« Est-ce que ce réglage m’aide à travailler avec la moto… ou est-ce qu’il me force à la subir ? »
Erreurs à éviter
En 2016, j’ai eu la chance de mettre la main sur une superbe Honda Africa Twin.
Malheureusement, par manque d’expérience et de connaissances, j’ai complètement dénaturé cette moto.
Pour améliorer le confort routier, j’ai installé des rehausses de guidon ainsi qu’une selle confort plus large. Sur route, le résultat semblait excellent.
Mais debout en hors-route… je me battais littéralement contre ma moto.
Avec le guidon trop haut, j’avais l’impression de me suspendre à celui-ci plutôt que de contrôler l’avant de la moto. Quant à la selle, elle limitait énormément mes mouvements. Même debout, sa largeur me laissait très peu de possibilités pour déplacer mon poids efficacement.
Pendant les trois années où j’ai possédé cette moto, j’ai cherché à améliorer son confort plutôt qu’à la comprendre.
Au lieu de travailler ma position de pilotage, je regardais constamment quelle pièce ajouter pour régler des problèmes que j’avais à la base moi-même créés.
Combien de fois suis-je revenu d’une randonnée en me disant :
« J’aime cette Africa Twin… mais il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. »
Aujourd’hui, je réalise que tout aurait probablement été beaucoup plus simple si j’avais pris le temps de comprendre la moto et d’apprendre à travailler avec elle.
La technique ne compense pas une mauvaise ergonomie
Lors d’une formation l’an dernier, un participant m’avait lancé comme défi de réussir à le faire piloter debout.
Selon lui, c’était impossible, puisque sa moto avait été entièrement ajustée pour le confort lors de longs trajets routiers.
Nous avons pris le temps de revoir ensemble ses trois positions :
- assis route,
- assis gravier,
- debout.



Au fil de la journée, il a commencé à comprendre plusieurs subtilités qu’il ignorait complètement. Plus les heures passaient, plus il réalisait les effets négatifs de ses rehausses de guidon.
Quelques jours plus tard, il les avait retirées.
Il m’a ensuite écrit pour réserver une autre formation… afin de réapprendre à rouler assis, accompagné de plusieurs clins d’œil.
Prendre le temps de comprendre sa moto et de travailler ses positions de pilotage permet réellement de faire équipe avec sa machine.
Et si, pour des raisons physiques ou personnelles, vous devez modifier certains éléments ergonomiques, faites-le toujours en gardant ceci en tête :
- Plus de contrôle
- Moins de fatigue
- Moins de risques de blessures
- Plus de plaisir
- Plus de facilité
Et en bonus… plus de confort.


