La Gaspésie fait partie de ces rares endroits où le simple fait de tourner la clé de contact semble déjà faire baisser la pression. Pour moi, c’est un terrain de jeu privilégié, un classique indémodable, un endroit où la moto prend tout son sens. Une journée, deux jours, trois jours, une semaine, voire deux… peu importe la durée, j’y trouve toujours mon compte. Les paysages sont grandioses, l’air salin chatouille agréablement les narines et les gens, disons-le franchement, vivent à un rythme beaucoup plus humain que dans nos grandes villes surchargées de klaxons et d’agendas trop pleins.
Cette année encore, la tradition est respectée: week-end de la fête du Travail, trois jours de moto en Gaspésie. Pas besoin de réinventer la roue quand la recette fonctionne depuis des années.
Jour 1 – De Mont-Joli à Chandler: quand le voyage commence au Tim Hortons
Le départ se fait tôt le samedi matin. Le genre de tôt où le café n’est pas une option, mais une obligation mécanique. Direction Mont-Joli pour un premier arrêt stratégique chez Tim Hortons. Œufs, café chaud et discussions techniques sur les pneus, la météo et la route à venir. Le ciel est dégagé, la température clémente : tout indique que le week-end sera à la hauteur de nos attentes.
Après le déjeuner, cap sur Amqui pour un arrêt essence. Réservoirs pleins, motos prêtes, nous attaquons ensuite la vallée de la Matapédia, un incontournable pour tout motocycliste digne de ce nom. La route serpente élégamment, longeant la rivière d’un côté et les montagnes de l’autre. À cette période de l’année, le trafic est beaucoup plus léger, ce qui permet d’apprécier pleinement chaque courbe. Le rythme est bon, le groupe est synchronisé, et l’ambiance est détendue. Bref, le bonheur simple.
Un arrêt à Pointe-à-la-Croix nous permet de nous dégourdir les jambes et de rester alertes. Puis, c’est l’entrée dans le secteur de la Baie des Chaleurs, où le paysage gagne encore en intensité. J’ai toujours préféré parcourir cette portion dans ce sens-là : la mer est à droite, bien visible, comme si elle nous accompagnait tout le long.

Le dîner est prévu à Carleton-sur-Mer, dans un restaurant rapide. Rien de gastronomique, mais efficace — parce que quand on roule, on mange pour repartir, pas pour faire une sieste. Un autre arrêt est prévu à Paspébiac avant d’atteindre notre destination finale de la journée : Chandler.
Les chambres sont réservées depuis le printemps. Petit détail que j’avais oublié : nous avons opté pour les chambres de travailleurs, situées au sous-sol. Disons que c’est propre, fonctionnel… mais définitivement au niveau du sol. Leçon retenue : lire les petites lignes avant de vouloir économiser. Cela dit, on n’est pas en Gaspésie pour passer la soirée dans la chambre.
On profite donc de la ville et de son ambiance. Première halte : « Au Bar de la 132 », pour une bière locale bien méritée. Les gens sont accueillants, les discussions s’engagent facilement avec les locaux, et on se sent rapidement à notre place. Pour souper, la pizzeria locale était notre premier choix, mais faute de personnel, la salle à manger est fermée. Plan B : Dixie Lee, institution gaspésienne. La nourriture santé attendra… encore une fois.
Jour 2 – Percé, Forillon et Rivière-la-Madeleine: entre touristes et tranquillité
Le dimanche matin, déjeuner au restaurant du Motel Fraser. L’endroit semble être le point de rassemblement de Chandler après la messe de 10 h. Contre toute attente, on trouve une table sans attendre. Le ventre plein, direction Percé, haut lieu touristique.

Tellement touristique, d’ailleurs, qu’il est impossible de trouver un stationnement. Après trois tours complets, ma patience — pourtant bien rodée par des années de moto — atteint sa limite. Changement de plan : cap sur la plage du Coin-du-Banc, juste après Percé. Et là, enfin, la Gaspésie que j’aime : plage tranquille, vagues, air salin et peu de monde. Quelques courageux se baignent, moi je préfère le sable… surtout que mon maillot est resté à la maison. Détail.


On reprend ensuite la 132 vers le parc national Forillon. Petite parenthèse nostalgique : en 1988, j’y avais fait du camping avec ma blonde de l’époque. Oui, ça dévoile un peu mon âge. Arrêt à Fort Péninsule, malheureusement en rénovation. Impossible de visiter les tunnels, mais ce n’est que partie remise.

Le besoin d’un café se fait sentir. Tout près, « La Petite Amélie, café-boutique » attire notre attention. Nous arrivons pile à l’heure de la fermeture, mais Amélie, fidèle à la réputation des Gaspésiens, nous accueille avec le sourire et nous invite à prendre notre temps sur la terrasse. Un petit nuage passe, une courte pluie s’invite, puis tout se calme. Moment parfait.


La destination finale de la journée est Rivière-la-Madeleine, où nous avons réservé à l’Hôtel Bon Accueil. Le souper se fait à La Capitainerie des Deux Sœurs, un endroit sympathique découvert l’an dernier et que nous avions très hâte de revisiter.



Jour 3 – Le retour… déjà
Le troisième matin, tout le groupe est unanime : déjeuner à La Capitainerie des Deux Sœurs. Cerise sur le sundae, nous avons même la chance d’être servis par le maire du village. Pas tous les jours qu’on peut dire ça.


Le retour se fait sans embûches. Arrêt à Matane pour un café et un dessert à La Boulangerie Toujours Dimanche. Les desserts sont franchement indécents… dans le bon sens du terme.

Dernière surprise de la fin de voyage : près de l’aéroport de Mont-Joli, un avion se prépare au décollage. Je réussis à convaincre le groupe d’aller au bout de la piste pour assister au spectacle. Une magnifique façon de conclure ces trois jours.

On rentre la tête remplie de paysages, de rires et de souvenirs entre amis. Et, déjà, une chose est certaine : j’ai hâte à la fête du Travail 2026. Parce que la Gaspésie, à moto, ça ne se raconte jamais une seule fois.


